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La reine de l’île à Vache

décembre 24
14:02 2009
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1939 Naissance à Québec (Canada).

1979 Arrivée en Haïti, dans la région des Cayes.

1981 Installation de son orphelinat sur l’île à Vache, au large de la côte sud d’Haïti.

2003 Première tournée en France pour lever des fonds.

2009 Arrivée de l’électricité au centre d’accueil.

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Au milieu de la cour, un manguier de 10 mètres de haut abrite une douzaine de femmes lavant des piles de vêtements élimés. Soeur Flora les encourage en créole, houspille les adolescents flegmatiques, puis repart aussi vite vers la nursery. Son quotidien est une course ininterrompue entre des enfants affamés, l’école et ses 400 élèves, les accouchements, le dispensaire. Elle soigne le tout-venant, jusqu’à ce pêcheur porté jusqu’à elle, un harpon planté dans le ventre. Il faut insister pour la voir s’asseoir lors du déjeuner.

La nuit, Soeur Flora dort dans le hangar au milieu des enfants : vingt-huit ans après son arrivée, elle ne possède toujours pas de chambre personnelle. Quand les sollicitations sont trop nombreuses, elle lance : « Je vais à Cuba ! », façon de prendre congé. Elle s’enferme alors dans un bureau, le temps d’une injection intraveineuse, un remontant dont elle prépare elle-même le sérum.

Ni électricité, ni eau courante, ni voitures sur ce confetti déboisé de 48 km2, à 196 km au sud-ouest de Port-au-Prince. Les habitants des Cayes, la grande ville du Sud-Ouest haïtien, hésitent à s’y rendre de peur de traverser le bras de mer de 16 km la séparant de la « Grande Terre ». Au XVIe siècle, les boucaniers y laissaient proliférer leurs vaches afin de fumer aisément leur chair et en vendre la peau.

Quatre siècles avant l’arrivée de Soeur Flora, les pirates français et anglais avaient trouvé refuge sur l’île à Vache, qui devint l’un des « treize paradis des frères de la côte ». Cette confrérie de corsaires et de flibustiers se repliait dans ces lieux pour ménager leurs forces avant de repartir « courir l’Espagnol » sur les eaux caribéennes, entre Maracaibo, la Barbade et Porto Rico. En 1670, le Gallois Henry Morgan y lança ses 2 200 hommes à l’assaut de l’une des villes les plus riches de l’époque, Panama. Aujourd’hui, au large de Madame Bernard, principal bourg de l’île à Vache, des épaves dorées de galions feraient les joies de plongeurs peu scrupuleux.

« Une nuit, lors de la traversée, le voilier a coulé. J’ai vu la mort en face « , raconte Soeur Flora, assise derrière la table en fer de la salle à manger. Hormis sa longue natte de cheveux gris enroulée en chignon, cette femme menue vêtue d’une blouse de toile blanche ne s’autorise aucune coquetterie.

Sur les hauteurs de Port-au-Prince, à la villa Manrèse, lieu de repos pour missionnaires, Odette et Jeannette, soeurs de la Charité d’Ottawa, basées depuis trente ans aux Gonaïves, s’étonnent que Soeur Flora continue de tenir seule, à bout de bras, l’oeuvre de sa vie. Avec humour, Frère Lucien note sa difficulté à « travailler en collaboration » – « finalement, elle est autoritaire ».

L’intérêt de cette femme pour les enfants abandonnés ou handicapés vient de son enfance. Soeur Flora a été l’un et l’autre. A la mort de ses parents biologiques, Flora, atteinte de poliomyélite, est adoptée par une famille de paysans. « Ma mère ne savait ni lire ni écrire, mais son dévouement auprès de personnes inconnues m’a marquée, explique-t-elle. A 20 ans, je suis entrée dans les ordres. Je voulais partir en Afrique pour soigner les malades les plus éloignés. »

Ses projets seront retardés. D’un geste du pouce, Soeur Flora fend son buste de bas en haut : « Hémiplégie », lâche-t-elle. A la suite d’une chute, à l’âge de 26 ans, la jeune femme garde inerte la partie droite de son corps pendant six longues années : « J’ai vécu ces choses qu’on ne peut pas raconter. » Pourtant, elle retrouve peu à peu sa motricité. Mais les check-up ne sont jamais assez satisfaisants pour que sa hiérarchie autorise son départ.

Soeur Flora tente alors le tout pour le tout. A 32 ans, l’ancienne hémiplégique qui s’est si souvent entendu dire « tu ne marcheras plus », s’inscrit au rallye Tiers-Monde, une course à pied au profit des missions catholiques. « Il me fallait des commanditaires, alors j’ai démarché des avocats, des garagistes, des médecins trouvés dans le bottin. »

Et elle court comme tous les participants. Avec cinq autres infirmières, elle est enfin « prêtée en Haïti », au dispensaire de Camp Perrin. Une nuit, en 1980, elle accompagne un médecin sur une île touchée par le cyclone Allen. Soeur Flora a 40 ans, elle pose le pied pour la première fois sur l’île à Vache, se rappelle ses voeux – « soigner les malades les plus éloignés » – et se dit : « Le Bon Dieu m’a prise au mot ! »

Elle n’en est plus jamais repartie. Même les intempéries ne la déboulonnent pas. En septembre 2008, Gustav, l’un des quatre cyclones qui firent 600 morts, atteignit l’île à Vache arrachant les toits de tôle et inondant les maigres jardins. La rentrée approchant, Soeur Flora offrit les frais de scolarité aux parents ne pouvant plus inscrire leurs enfants. « Toute ma vie, je n’ai fait que répondre à des besoins, reconnaît-elle, je n’ai jamais eu de vue d’ensemble. »

Les cyclones passant, et le temps avec, Soeur Flora admet se « questionner un peu » sur l’avenir du centre surtout depuis que son coeur a donné des signes de faiblesses. « Je suis tête en bas, tout le monde n’accepte pas de vivre la bohème comme moi. »

Myriam Silien, 35 ans, directrice d’école à Torbeck, en face de l’île à Vache, a été volontaire sur l’île pendant trois ans. Aujourd’hui, elle admet volontiers avoir « partagé la folie de Soeur Flora » : « J’ai connu le bonheur de vivre pour une cause utile, sans me poser de questions, au jour le jour. J’ai même assisté des femmes en train d’accoucher alors que je n’avais aucune formation. Je me suis oubliée, je ne mangeais plus, je ne dormais plus. Ma santé en a pris un coup. »

Qui peut reprendre le flambeau ? Des Frères franciscains du Costa Rica se sont portés candidats. Succéder à une femme si omniprésente paraît une tâche bien périlleuse. En attendant, Soeur Flora, mère insoumise de cette île du bout du monde, continue sa course contre ses limites avec, dans ses bras, John, 6 mois, son dernier enfant. Sans elle, il serait mort sur un tas d’immondices.

Linda Caille – Le Monde
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