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Des rescapés à l’hôpital Brenda des Cayes

février 12
13:57 2010

Revenant de la salle d’opération, coiffé d’un bonnet, le compatriote de Juan, le Dr José Luis Zabero, a l’air satisfait. « L’opération a réussi », exulte-t-il. Son équipe a pu réaligner le radius, (plus gros des deux os de l’avant-bras) d’un homme de 25 ans et le cubitus de ce dernier, (un autre os qui s’accorde au radius pour former le coude).
« L’opération n’a duré que deux heures », précise le médecin à son confrère haïtien, le Dr Robert Léger, un membre actif du Rotary Club des Cayes, qui nous sert d’interprète.
« Nous travaillons de 6 heures du matin à 16 heures ½ du soir. Nous plaçons des fixateurs externes sur les jambes fracturées ; nous faisons aussi des greffes de peau », explique le Dr Zabero qui doit retourner dans son pays dans trois jours. Toutefois, a-t-il souligné, une autre équipe viendra relayer celle qui est déjà sur place.
Le Dr Robert Léger nous sert aussi de guide. Il nous conduit dans les salles où des médecins prodiguent des soins aux patients tout en nous permettant de suivre une intervention chirurgicale dans une pièce aménagée pour la circonstance.

Chanceux, les rescapés munis de fixateur

Un fixateur à la jambe droite, Schneider Lebrun, 12 ans, qui a eu une fracture ouverte, se réjouit de recevoir un traitement inespéré dans un hôpital humanitaire dans la métropole du sud à l’heure où, à Port-au-Prince, se pratiquait une chirurgie de guerre. Heureux Schneider ! Il ne sera pas du nombre d’amputés occasionnés par le séisme qui se comte dorénavant par milliers. Selon le porte-parole de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Paul Garwood, « Environ 30 à 100 personnes étaient amputées chaque jour. »  Soulignons que le fragment osseux acéré de la jambe de l’adolescent risquait une infection majeure et pouvait le conduire fatalement à une nécrose. Et pour cause ? « Mon fils était chez sa tante à Port-au-Prince, ce n’est que jeudi après le tremblement de terre que je suis allée le chercher », confie Eline Petit-Homme, 32 ans, originaire de Tiburon. Elle a perdu son mari pendant l’événement.

« Mon oncle et ma tante aussi sont morts à la rue Saint-Martin », coupe Schneider, élève de troisième année fondamentale de l’Ecole nationale de la République des Etats-Unis au Canapé-Vert (Port-au-Prince). Il saisit l’occasion pour raconter son expérience douloureuse : « Aux premières secousses, j’ai couru jusqu’à la barrière. Je l’ai vu s’arracher des murs de l’école. Tout à coup, je recevais des coups de blocs. Quelques uns sont tombés sur mes jambes. Je ne pouvais pas me relever. C’est ma tante qui est venue me prendre là où j’étais. » Il a vu, ce jour-là, ses camarades de classes tomber pour ne plus se relever et mourrir. Traumatisé, l’adolescent déclare : « Je ne veux plus aller à l’école à Port-au-Prince. »
Le jeune Sonal Alcide, 21 ans, n’a pas été aussi chanceux que Schneider. Son bras droit, gangrené, a été amputé. Le choc qu’il a subi a dû provoquer une obstruction artérielle. Sa main gauche est fixée à un appareil et sa jambe gauche, meurtrie, lui arrache des cris de douleurs. « Des blocs d’une maison de trois étages au Portail Léogâne me tombaient dessus comme la pluie. J’ai mis ma main en l’air pour me protéger la tête. Les maudits blocs m’ont brisé les os », dit-il entre cris et gémissements.
Ne pouvant plus continuer à parler, la mère du jeune homme, madame Altéma, prend le relais : « Sonal aidait sa tante, une marchande de  »manje kwit’ (plats chauds), au Portail Léogâne (Port-au-Prince). Sa cousine, Guerlande, est morte dans la maison. Je suis venue avec lui aux Cayes, vendredi dernier. On est d’abord allé à l’hôpital général avant d’être transféré à Brenda. »
Sonal, 21 ans, restavèk, n’était pas rémunéré par sa tante. Celle-ci ne l’a pas emmené à l’hôpital.
« Désormais, mon fils restera à mes pieds, à Ducis, pour garder des poules sur la cour. Et si Dieu me donne un minimum de possibilités, il ira à l’école », dit madame Altéma, collée au chevet de son fils.
Chaque patient avait une histoire à raconter. Une journée, des mois ne suffiraient pas pour recueillir ces témoignages. Dans la salle où reposent les patients, se précisent aussi des gestes qui captent l’attention. Parmi les broches unifiées d’un matériel extracorporel, traversant par voie percutanée la jambe d’une femme muette, entre deux âges, le médecin intervient, à l’aide d’une pince, dans la chair vive de la muette. Casquette visée sur la tête, il est absorbé par son travail. Un geste qui épargne d’une amputation.

Claude Bernard Sérant
[email protected]

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